Cabinet d'avocat en Droit de victimes à Rennes

Cette Bretonne témoigne pour lever le tabou du viol…

📰 Article paru le 13 décembre 2022, sur France Bleu Armorique

Son ex-mari a été condamné ce lundi 12 décembre à Rennes à 12 ans de réclusion criminelle, pour viol conjugal. Cette Bretonne accepte de témoigner pour lever le tabou sur le viol au sein du couple.

Marie a aujourd’hui 57 ans, et elle a commencé à se reconstruire, avec l’aide de ses deux fils : « Ils ont été d’un grand soutien« . Ils étaient à ses côtés à l’audience qui a duré trois jours devant la cour d’assises d’Ille-et-Vilaine. Trois jours de procès qui se sont terminés ce lundi 12 décembre avec la condamnation de son ex-mari à 12 ans de réclusion criminelle pour violences et viol conjugal. Les faits se sont déroulés il y a cinq ans, en 2017, au domicile du couple à Saint-Didier, en Ille-et-Vilaine.

« J’ai décidé de dire stop, le jour où il a sorti un fusil »

« Quand on est enfermée dans la maison, on est sous emprise, on est dans un engrenage, on se dit, il était comme ça aujourd’hui mais demain ce sera mieux. Mais en fait, non, ça ne s’arrange pas« , raconte Marie. En octobre 2017, elle parle de séparation« Il m’avait dit ‘si tu pars, c’est une balle’. Et ce jour-là, il a sorti son fusil. Heureusement, il n’était pas chargé, mais je me suis cette fois, c’est stop ».

Témoignage de la victime (Source : France Bleu Armorique)

« Raconter son intimité devant les gendarmes, ce n’est pas évident »

Marie va se rendre chez les gendarmes. Elle sera entendue par une intervenante de la gendarmerie : « Elle m’a écoutée et fait prendre conscience de la gravité des faits ». Marie dénonce des faits de viols, à trois reprises, dont un sous la menace d’un couteau. « Ce n’est pas facile d’expliquer aux gendarmes, avec des détails sur votre intimité« . Son agresseur, c’est son mari, qui a sombré dans l’alcool. Les viols ont lieu à leur domicile, sans témoin : « Je me suis dit, il va falloir prouver ce viol. Mais quand on dit non, et qu’on est sous la contrainte pour le faire, c’est du viol ». Devant les enquêteurs qui l’entendront plus tard, son ex-mari reconnaitra une partie des faits.

Le viol conjugal inscrit au code pénal depuis 2006

Dans son parcours pour se reconstruire, Marie a fait un travail psychologique, pour déculpabiliser : « On ne se sent pas une victime comme les autres, parce que c’est un viol conjugal. Ce mot dérange. C’est pour cela que je veux dire aux femmes victimes, qu’elles doivent en parler pour être aidées ».

Le viol conjugal a été inscrit récemment dans le code pénal, en 2006 seulement. « Dans la société, on a encore tendance à penser qu’un viol commis dans un couple est un viol moins grave qu’un autre viol alors qu’à l’inverse, la législation prévoit que c’est plus grave », explique Maitre Marie Blandin, l’avocate de Marie. « Parce qu’au sein du couple, il y a un lien de confiance entre l’agresseur et sa victime. Le couple est censé être le lieu de la sécurité. La victime est aussi dans une situation de grande vulnérabilité, car lorsqu’on ferme les portes de la maison familiale, la victime est seule. C’est d’autant plus difficile de dénoncer un viol conjugal », souligne l’avocate.

Intervention de Maitre Blandin, au sujet du viol conjugal
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